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Dans le cadre du « Programme d’actions structurées des acteurs de la Lutte contre la Désertification » (PASS-LCD), le CARI et ses partenaires souhaitent valoriser les femmes et les hommes œuvrant quotidiennement pour la promotion de l’agroécologie au Sahel. Ces porte-paroles de l’agroécologie mènent des actions de plaidoyer à différentes échelles (locale, nationale, internationale) et travaillent auprès des populations locales pour favoriser l’émergence des pratiques agroécologiques et démontrer leur pertinence dans la lutte contre la désertification.

 

Découvrez l’interview de Kabré Moussa Oussena, praticien de la terre et jeune promoteur de l’entreprise Protect Nature SARL, il œuvre pour faire entendre la voix paysanne et promouvoir une agriculture saine, durable et vivante au Burkina Faso. En 2025, Kabré Moussa Oussena a été élu jeune ministre de l’Agriculture du Gouvernement jeunesse Burkina, une association qui vise à renforcer les capacités des jeunes sur les questions de gouvernance, leadership et gestion étatique.

Interview de Kabré Moussa Oussena

À partir de quel moment vous êtes-vous intéressé à l’agroécologie ? Y a-t-il eu un moment marquant qui a entrainé une prise de conscience ?

Ma prise de conscience s’est faite quand j’ai vu des sols mourir à cause des engrais chimiques, et des familles ruinées à force de dépendre de semences hybrides, en 2019. J’ai vu des paysans se tuer au travail pour rester pauvres. J’ai dit stop. Ce n’est pas ça, l’agriculture. J’ai commencé à chercher des alternatives, à expérimenter. Et quand j’ai vu les résultats de l’agroécologie, j’ai compris que c’était là notre voie.

Qu’est-ce que l’agroécologie pour vous ? Qu’est-ce que cela représente ?

L’agroécologie, pour moi, ce n’est pas juste une méthode. C’est un choix de vie. C’est respecter la terre, produire sans l’empoisonner, nourrir les gens sans les ruiner, et retrouver notre autonomie paysanne. C’est comprendre que la nature est notre premier partenaire. C’est aussi un acte de résistance contre le système qui pousse à tout acheter et à tout épuiser.

Comment intervenez-vous pour promouvoir l’agroécologie ? Auprès de quel public ?

Je forme des jeunes, des femmes, des groupements ruraux. J’organise des ateliers pratiques, j’accompagne les producteurs saison après saison, je partage sur les réseaux, je crée des petits modules, je documente mes réussites et mes échecs.

Je ne suis pas un “expert de bureau”, je suis un paysan de terrain. Et je crois que l’exemple vaut plus que mille discours.

Quelles sont pour vous les priorités pour assurer une transition agroécologique ?

Former massivement. Valoriser les savoirs paysans. Protéger les terres. Investir dans la recherche locale. Soutenir les marchés locaux. Et surtout…donner confiance aux paysans. L’agroécologie ne sera pas une transition si elle ne vient pas des paysans eux-mêmes, avec leur propre voix, leur propre force.

Quels sont les freins ou les barrières qui doivent disparaitre ?

Les obstacles sont nombreux : manque de soutien politique, accès difficile au foncier pour les jeunes, domination des intrants chimiques, ignorance volontaire de certains “décideurs”. Il faut aussi casser l’image du paysan comme un pauvre assisté. Nous sommes des bâtisseurs d’avenir.

Comment envisagez-vous le futur de l’agroécologie dans votre pays ?

Je crois que l’agroécologie est l’avenir du Burkina Faso. Pas parce que c’est à la mode, mais parce que c’est viable, sobre et humain. Elle peut ramener les jeunes vers la terre avec dignité. Elle peut redonner espoir aux femmes. Elle peut restaurer nos sols, nos eaux, nos villages. Elle peut nourrir le pays durablement.

Information sur la structure Protect Nature SARL

Protect Nature SARL est une entreprise burkinabé créée en 2023 qui œuvre dans la production, la transformation, la valorisation et la commercialisation des intrants et matériels agricoles ainsi que les produits agro-sylvo-pastoraux. Elle promeut également l’éco-responsabilité citoyenne.

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